L'Argentine au quotidien : 1830 - 1930
Lettre de l’évêque de Bayonne, Monseigneur Lacroix, à celui de Buenos-Aires, Monseigneur Escalada. 20 août 1855, Archives diocésaines de Bayonne.![]() L'installationAu début du XIXe siècle, l’accueil des immigrants est peu organisé. Dès la fin de la dictature de Rosas en 1852, des lois encouragent et réglementent l’immigration :
La loi précise également les facilités matérielles dont ils peuvent jouir dès leur arrivée : logement et nourriture gratuits dans des hôtels affectés à cet usage pendant cinq jours, transport jusqu’au lieu de travail… De 1870 à 1930, l’Argentine accueille près de six millions d’émigrants venus surtout d’Italie et d’Espagne. Les Basques ont la chance, quant à eux, d'avoir un réseau de relations en Argentine. Les hôtels basques jouent un rôle de premier plan : ils accueillent les nouveaux venus, les guident et leur trouvent une situation. Les trinquets sont également des points de rendez-vous pour les Basques qui débarquent à Buenos Aires. Enfin, les pulperias (épiceries-bistrots de campagne) auxquelles sont souvent adossés des frontons deviennent les seuls lieux d’échange, de ravitaillement et de distractions à des kilomètres à la ronde. Les métiersQuel travail exerce les Basques en Argentine à la fin du XIXe et dans la première moitié du XXe siècles ? ![]() Photo: Kepa Etchandy L’élevage et ses produits dérivés ![]() Début du XXème siècle, collection particulière D’autres enfin se spécialisent dans le métier de laitier. Installés dans des tambos de 2 à 3000 hectares (exploitations agricoles spécialisées dans l’élevage laitier) aux environs de Buenos Aires, ils y élèvent vaches et moutons. Chaque matin, ils vont vendre en ville, lait, beurre et fromages. ![]() Début du XXème siècle, collection particulière De nombreux Basques travaillent dans les usines de salaison (les saladeros), à proximité de Buenos Aires, où ils abattent et dépècent les bœufs pour les saler avant de les exporter. L’industrie des saladeros est, en Argentine comme en Uruguay, presque exclusivement entre leurs mains. C’est aussi un Basque du nom de Sansinena qui, en 1882, met fin à cette industrie florissante en substituant la viande congelée à la viande salée. On retrouve aussi des Basques puisatiers et grillageurs (alambreros), dans les opérations de défrichement de la pampa et de clôture des champs. ![]() Le battage du grain, Argentine, début du XXème siècle, coll. part. L'agriculture Le commerce et la restauration La Communauté basqueDès qu’elle commence à s’implanter économiquement, la communauté basque s’organise aussi sur le plan social, éducatif et culturel. Elle est parfois aidée dans cette tâche par l’Eglise qui trouve là un moyen d’accroître le nombre de ses fidèles. ![]() Mariage, Argentine, début du XXème siècle, coll. part. Le rôle de l’EgliseEn 1857, quatre pères du monastère de Bétharram (Béarn) débarquent à Buenos Aires. L’évêque de ce diocèse leur confie l’administration de l’église San Juan (surnommée très vite "l’église des Basques") où ils célèbrent la messe en basque. Les pères Bétharramites sont appelés "padres bayonenses", pères bayonnais. Le 19 mars 1858, le père bétharramite Barbé ouvre à Buenos Aires le collège San José dans lequel il accueille quatre enfants. A proximité du quartier Once, terminus des laitiers basques de Flores, il doit faciliter la scolarisation de leurs enfants. Le souhait de fonder une école destinée exclusivement à la communauté basque ne se réalisera pas, puisque dix ans plus tard, les enfants d’origine basque sont minoritaires dans l’établissement. On l’appelle aujourd'hui encore "El colegio de los vascos". Ce sera encore un bétharramite, le père François Laphitz, qui sera un des initiateurs de l’Euskal Echea, la maison basque, de Buenos Aires, avec l’aide du mécène souletin Martin Errecaborde. Les centres basques![]() Collection musée basque et de l'histoire de Bayonne Le premier centre basque argentin, dénommé Laurak Bat ("quatre font un" en référence aux quatre provinces basques d'Espagne), voit le jour à Buenos-Aires en 1877, un an après celui d’Uruguay. Il est l’œuvre de réfugiés carlistes (partisans de Don Carlos dans le cadre de la guerre civile qui a touché l’Espagne au XIXe siècle). En 1895, vingt-neuf Basques originaires des trois provinces basques de France créent, à leur tour, le centre basque-français. Le centre navarrais date de la même année. Ces centres basques de Buenos Aires dont le premier objectif est le secours mutuel des émigrants possèdent également leurs publications où la langue basque est présente. ![]() Carte de l’Euskal Echea de Buenos Aires, 1931, coll. part Laurak Bat édite de 1878 à 1891 un journal du même nom (où paraissent entre autres poèmes et chants de Iparraguirre), puis en 1893 l’hebdomadaire La Vasconia. Le centre basque-français crée, en 1898, Eskual Herria, journal des Basques Français du Rio de la Plata, ainsi que Haritza (1898 -1912). ![]() L'Euskal Echea de Lavallol, 1ère moitié du XXème siècle, collection musée basque et de l’histoire de Bayonne En 1905, les membres des trois centres donnent naissance à l'Euskal Echea (Maison Basque) de Lavallol (25 km de Buenos Aires), institution à caractère éducatif, social et culturel. L'objectif premier de l’Euskal Echea est de proposer des services à la communauté basque dans son ensemble, notamment dans le domaine de l’éducation scolaire et de la prise en charge de la vieillesse. La littérature d'Outre MerEntre 1893 et 1913, on compte au total dix journaux basques en Argentine. C’est en 1910 que paraît L’émigration basque de Pierre Lhande, ouvrage réédité à plusieurs reprises. L’émigration basque en Argentine s’accompagne également d’une littérature pour l’essentiel chantée. En 1900, est créé le premier opéra basque Artzai Mutilla (livret en basque de Pedro Mari Otaño, musique de Felix San Pelayo). Il sera donné en 1927 au théâtre Colón à Buenos-Aires. Parmi les poètes les plus remarquables, on peut citer José Mendiague (1845, Hasparren, Labourd - 1937, Montevideo, Uruguay) qui a séjourné en Argentine. Sa quarantaine de chansons date d’avant 1910. Il y évoque sa difficile situation d’émigré, la défense de la culture basque et commente des événements politiques. Il fait aussi l’éloge de poètes émigrés eux aussi : Iparragirre, Otxalde et Otaño. L'Argentine des basques en vers
Jose Maria Iparragirre | 1820, Urretxu - 1881, Itsaso. |"Dans tous les pays il y a de bonnes gens Auteur du très célèbre hymne Gernikako Arbola - L'arbre de Gernika. En 1855, il s’exile en Amérique et se marie à Buenos Aires avec une femme du Guipuzkoa. Il rentre au pays en 1878. Bertsu créé en 2004 par Pierra Lako
"Grâce à cette exposition nous pourrons comprendre |