Jimmy ArrabitAuteur: EKE | Date: 2009-07-15 | Langue de l'entretien: Euskara ''Je n'écoute pas les critiques, j'aime créer''
Extraits de l'interviewJimmy Arrabit est l’une des figures de la musique basque de ces trente dernières années, toujours en quête de nouvelles expériences. Avec son groupe Jimmy Arrabit Trio, il s'inspire aujourd’hui des chants traditionnels souletins et nous offre des compositions aux influences jazz, electro-dub et afro-beat. Voici quelques extraits de l'entretien que Jimmy Arrabit nous a accordé au mois de septembre 2009. Un musicien précoceJ'ai commencé à 12 ans. Mon père, Frantxoa Arrabit, était accordéoniste. Il était réputé et jouait dans les fêtes de village et les noces en Soule et en Basse-Navarre. Il était accompagné d'un batteur surnommé "Ttinttin", originaire d'Hasparren. Comme il laissait sa batterie en dépôt chez nous, j'en profitais pour l'essayer. Ttinttin tomba malade et mourut. Un jour, mon père me dit : "Samedi prochain, viens avec moi, nous avons des noces à animer à Baigorri". Voilà comment j'ai commencé. A l'époque, il y avait peu de batteries mais il y en avait. L'instrument était appelé "jazza" et était fabriqué à partir de peaux naturelles. C'est dans les années 1970 que les actuelles batteries aux peaux synthétiques sont apparues. Miles Davis et Coltrane à la radioSouvent, le lundi matin à l'école, je dormais. Avec les premiers sous gagnés, j'ai acheté un radiocassette à Saint-Palais. J'ai commencé à écouter la radio, la nuit. Et c'est là que j'ai connu les premiers groupes rock (anglais et américains) et la musique jazz avec Miles Davis et Coltrane. La journée, au collège, c'était dur : je peux vous dire que je voulais arrêter mes études au plus vite. Ce que j'ai fait à 16 ans. Le premier groupe de rock basque Tinka avec Niko EtxartJe me souviens, à l'époque, il y avait une salle nommée Fandango à Mauléon, où les jeunes musiciens se produisaient. C'est là que Beñat Davant et Pier-Pol Berzaitz du groupe « Guk » ont débuté, l'un au piano, l'autre à la guitare. Moi aussi, j'y allais et j'ai fait la connaissance de Niko Etxart. Nous avons créé le premier groupe de rock basque « Tinka ». Je suis devenu musicien à part entière, je n'avais pas d'autre objectif. Nous jouions plus d'une dizaine de fois par mois, dans les fêtes et les premiers kantaldi. Après Tinka, nous avons monté « Minxoriak ». Nous avons été les premiers à chanter des chants abertzale lors des fêtes de village. Formation professionnelleLorsque j'ai débuté avec mon père, notre réputation s'est répandue, nous étions appelés « aita-semeak » (père et fils). En ce temps-là, Jo Maris était le chef de l'orchestre de Donibane Garazi. Il dit à mon père : « Ton fils doit venir suivre les cours de musique le mercredi après-midi ». J'ai appris le solfège avec lui. Toujours grâce à Jo Maris, j'ai suivi des cours chez un joueur de saxo à Itxassou. Batteur du groupe ItoizJ'ai rejoint « Itoiz » en 1981. Je venais de quitter « Minxoriak » suite à un désaccord : je voulais créer un disque avec nos propres chants tandis que mes collègues musiciens préféraient continuer à se produire lors des fêtes. Je sus par un ami qu'Itoiz cherchait un batteur. J'ai été engagé après une audition. Je vivais alors à Hendaye. Lorsque nous répétions, je logeais chez un ami musicien à Bilbo. Après trois mois de répétition, nous enregistrions et les tournées s'enchaînaient. Nous avons vendu beaucoup de disques. C'était une période à part. Comment dire ! Pendant quatre-cinq ans, j'ai vécu constamment dehors, en tournée, je n'avais pas de vie privée, pas de vie familiale. Et bien sûr, cela a un prix. Des expériences diversesGrâce à Itoiz, j'ai fait la connaissance de mutrikuars ayant participé à la création d'ETB. Nous avons composé des musiques pour la télévision. C'était un travail particulier, à réaliser seul, chez soi. Je me suis vite rendu compte que ce n'était pas fait pour moi : je préfère travailler en équipe, avec des amis. Mais cela m'a permis de rencontrer, je me souviens, un musicien appelé Iglesia. Il commençait à composer des musiques de film ; aujourd'hui, il travaille, entre autres, avec Almodovar. Nous avons travaillé et enregistré ensemble aux studios IZT. J'ai ensuite joué avec Anje Duhalde, nous avons enregistré trois disques. Puis, il y a eu l'expérience intéressante avec le groupe « Oio », au cours de laquelle nous avons introduit de la musique électronique. Du reggae basque avec King MafrundiJ'ai créé King Mafrundi, le premier groupe de reggae basque, une belle expérience qui a duré trois-quatre ans. Je me souviens, au début, lorsque j'allais faire la promo dans les radios, beaucoup me disaient : « Mais cette musique n'a pas de place ici, elle ne va pas plaire ! ». En fin de compte, nous nous sommes produit sans arrêt, en Italie, en Espagne, en Suisse, partout pendant trois ans. Vous voyez qu'il ne faut pas trop écouter ce qui se dit ! Cette musique a trouvé sa place. A partir de ce moment, les gens l'écoutent et il n'y a aucun problème. Faire de nouvelles chosesJe sais qu'avec mon nouveau disque, les gens disent : "Mais, ce n'est pas du jazz, les amateurs de jazz ne vont pas aimer, les amateurs de folk n'aimeront pas parce que ce n'est pas du folk !". Cela m'est égal. Moi, j'aime composer de nouvelles choses. Le premier disque de Jimmy Arrabit TrioLorsque je me produisais en Soule lors des fêtes, j'entendais les hommes chanter dans les bars, dès le matin. J'étais impressionné et je me suis dit qu'un jour, je m'inspirerai de ce répertoire. Certains de mes amis musiciens partaient à Paris ou à Madrid, les propositions et les possibilités de création y étant plus intéressantes. Et puis Benito Lertxundi a publié son disque « Xuberoa ». A partir des chants traditionnels (même s'il a été critiqué en Soule), il a écrit une musique magnifique, comme Mikel Laboa et d'autres chanteurs aussi l'ont fait. Voilà pourquoi, nous musiciens, nous continuons à faire de la musique au Pays Basque. Pour ce nouveau disque produit par Gaztelupeko Hotsak, j'ai pris des chants traditionnels souletins comme « Ahaide delizious huntan », « Bortian Ahüzki », « Urtxapal », que j'ai composé en styles jazz, electro-dub et afro-beat. Je sais que les puristes ne vont pas apprécier mais, à vrai dire, la musique et le chant sont à tous. Notre répertoire traditionnel vit, il n'est pas comme un produit rangé dans un frigo que l’on ne peut toucher. Dans le cadre d'un partenariat entre l'Institut culturel basque et EITB.com, des morceaux choisis de cette interview sont à lire sur le site : www.eitb.com Reportage-photosPhoto: Maite Deliart
En savoir plusTémoins de la culture basqueRecueillir sous forme d'entretiens écrits des témoignages d'artistes et d'acteurs culturels basques tel est le propos de cette section. Des entretiens à écouter aussi entièrement pour certains au format MP3. |