Jean-Mixel Bedaxagar

Auteur: EKE | Date: 2010-01-20 | Langue de l'entretien: Euskara

''Etxahun-Iruri nous a appris à aller en Pays Basque sud''

Le chanteur souletin Jean-Mixel Bedaxagar (Ordiarp, 1953) est aussi l'un des plus célèbres joueurs de xirula et de ttun-ttun. Il prendra part à l'hommage rendu à son maître, le renommé Etxahun-Iruri, au centre culturel Koldo Mitxelena le 3 mars 2010.


Photo: Maite Deliart

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Extraits de l'interview

Sa passion pour le xirula ne quitte plus le chanteur souletin Jean-Mixel Bedaxagar depuis ce jour où, enfant, il vit ses premières mascarades sur la place du village. Plus tard, initié par les renommés Etxahun-Iruri et Copain, puis ayant aussi appris à jouer du ttun-ttun, il commença à animer fêtes et mascarades.
Dans l'entretien qu'il nous a accordé, il témoigne sur son parcours de musicien et livre quelques souvenirs sur son réputé maître Etxahun-Iruri.

La passion de la xirula

Jean-Mixel Bedaxagar : La txülüla m'a toujours fasciné. J'ai entendu cet instrument pour la première fois à quatre-huit ans, à la place d'Ordiarp lors des mascarades jouées par les sohütars. J'en fus émerveillé. Lorsque je fis part à mon grand-père de mon envie d'apprendre à en jouer, il me répondit : "Moi aussi j'ai essayé, mais je n'y suis jamais parvenu !".
Les années ont passé, et un jour, un ami qui connaissait ma passion me dit : "J'ai un ami à Mauléon dont le frère fabrique des txülüla, en veux-tu un ?". Et voilà comment, avec ma première paye, j'ai acheté ma première txülüla.
A la maison, il n'y avait ni radio, ni magnétophone, ni télévision. J'écoutais la txülüla et le tambour lors des mascarades, ma seule envie était d'imiter les musiciens.

Le rêve exaucé

Mon rêve s'est exaucé parce que j'ai eu la chance de connaître tous les musiciens de cette époque malgré notre différence d'âge d'une quarantaine d'années : parmi les plus connus Etxahun-Iruri, Copain, l'atabalari Garat Arhane, Ttambour, Hegobürü et quelques anciens Etxahun-Liginaga, Agerret de Mauléon.

Deux maîtres

J'ai donc commencé à jouer, cassant les oreilles à tout mon entourage. C'est en guidant mon auto que je m'entraînais le plus, "je passais une vitesse et je jouais de la txülüla !".
J'ai ensuite débuté avec Etxahun-Iruri, dont je fis la connaissance à Menditte, et aussi avec Copain. Celui-ci était le musicien de mon père qui était danseur.
J'ai appris avec ces deux maîtres et en répétant beaucoup. Une fois, je me souviens, ma mère me surprit à deux heures du matin en train de répéter, je ne me rendais pas compte de l'heure avancée.

Le ttun-ttun

Je voyais le ttun-ttun sur des photos et je voulus apprendre à en jouer. Ici personne ne savait en jouer, sauf Iñaki Urtizberea à Biarritz et, plus près de nous, dans la vallée d'Ossau. Je fis la connaissance de Jean Passimour à Billère d'Ossau qui m'initia un peu. J'avais une vingtaine d'années. Lorsque j'ai commencé à jouer dans les mascarades, je jouais de la xirula et aussi du ttun-ttun.
Le dernier joueur de ttun-ttun souletin fut Simon Patalagoity, décédé en 1958. Je n'ai malheureusement pas eu la chance de le connaître.
C'est une spécifité souletine que l'on retrouve aussi dans d'autres vallées pyrénéennes, comme en Aragon, en vallée d'Ossau et aux environs de Pau.
Son nom scientifique est le tambourin de Gascogne, un instrument répandu depuis le XVIème siècle en Europe, en Italie. En Espagne aussi, on trouve dans les églises des illustrations d'anges joueurs de ttun-ttun. Il fut très utilisé à une certaine époque.

Joueurs de xirula et de ttun-ttun

Parmi les plus connus, citons Mixel Etxekopar et Jean-Charles Sanz. Il y aussi de nombreux jeunes, particulièrement à Barcus.

Etxahun-Iruri

Je garde une profonde affection pour lui. C'était un homme très aimable, aimant les jeunes et nous le lui rendions bien. Etxahun-Iruri nous a appris beaucoup de choses, et la plus belle, à nous rendre au Pays Basque sud. Nous y sommes allés la première fois avec lui, nous étions jeunes. En Hegoalde, tout le monde le connaissait, il était très reputé. Il avait déjà 70 ans quand je l'ai connu.
Un jour, nous nous sommes retrouvés ensemble dans un Dantzari Eguna à Saint-Jean-de-Luz. Au cours du repas, 40 txistulari lui ont fait une haie d'honneur en jouant "Agur Xiberoa". Ce fut très émouvant.
Il nous a beaucoup appris et ne s'emportait jamais. C'est avec lui que j'appris le chant et la musique. Je ne connais rien à la musique, je joue à l'oreille et par intuition.

Dans la nature ou avec les danseurs

Souvent, quand je chante, mon esprit est en montagne, sur les hauteurs d'Ahüzki ou ailleurs. Quand je joue de la txülüla, pour certaines mélodies je suis en forêt et pour d'autres je suis sur une place devant les danseurs. Ce n'est pas du tout la même chose. Lorsque j'interprête des danses souletines, je suis avec les danseurs, même s'ils ne sont pas devant moi.

Vous apprécierez les fabuleux talents du chanteur et musicien souletin Jean-Mixel Bedaxagar en écoutant son dernier disque "Auñamendi" (Elkar).

Un entretien réalisé dans le cadre d'un partenariat entre EITB.com et l'Institut culturel basque. Des morceaux choisis de l'interview sont à lire sur : www.eitb.com

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