Eñaut EtxamendiAuteur: EKE | Date: 2010-02-04 | Langue de l'entretien: Euskara ''Très souvent, mes pensées me mènent vers ma terre natale''
Extraits de l'interviewIngénieur d'agronomie et professeur, Eñaut Etxamendi milite à Enbata dans les années 1960 et s'implique dans le développement économique du Pays Basque. Avec son ami Eñaut Larralde, il se produit dans les premiers kantaldi en compagnie de Ez Dok Amairu et écrit de nombreux articles, nouvelles, contes et poèmes. Deux des sept tomes constituant l'intégralité de son oeuvre sont déjà parus aux éditions Maiatz. La crise du monde agricole (1955-1965)Chez nous, la crise n'a pas tout de suite commencé après la guerre, et elle a duré de 1955 jusqu'en 1965. Les agriculteurs étaient sur le point de désespérer, la modernité n'était pas encore introduite dans nos campagnes. De plus, personne ne s'en souciait, en particulier dans l'administration française. Le taux de natalité était élevé et il n'y avait pas de travail. Les gens étaient obligés de partir. Les jeunes filles s'en allaient comme domestiques dans les grandes villes, à Bordeaux et à Paris. Les jeunes gens quant à eux émigraient, nombreux, comme bergers en Californie. Ceux qui demeuraient au pays n'étaient pas mieux lotis, les hommes restaient souvent célibataires. Lorsque je vins m'installer à Beyrie-sur-Joyeuse en 1967, dans quatorze exploitations, il y avait un célibataire. Des études d'ingénieurMoi, j'ai eu la grande chance de faire des études. Je les ai suivies dans le secteur privé, ce n'était pas facile, il n'y avait pas de bourses. J'ai commencé mes études à l'Ecole Supérieure de Purpan à Toulouse grâce à l'emprunt que me proposèrent les jésuites et que je leur ai remboursé plus tard en travaillant. Militant à EnbataC'est alors que Enbata fut créé et je fus parmi les premiers militants. Avec Jean-Louis Davant et Joanes Goyhenetche, nous formions l'équipe de réflexion de la branche économique du mouvement. Bien sûr, nous voulions secouer les torpeurs. Nous étions mal vus. Dans le petit groupe de Enbata, certains, de Biarritz et Bayonne, bien que basques, ne savaient pas la langue. Ils ne connaissaient pas le monde agricole et ne nous comprenaient pas. Par ailleurs, nous étions des intellectuels issus du monde universitaire. Nous nous exprimions avec dureté. Les gens étaient fortement touchés et se rebiffaient. Les premiers kantaldiNous fimes la connaissance de Ana Intxausti. Elle fut la première en Iparralde à organiser des kantaldi et c'est grâce à elle que nous rencontrâmes Ez Dok Amairu à Donostia vers 1965-1966. Nous avons chanté nos premiers kantaldi avec Ez Dok Amairu. A vrai dire, nous avions déjà commencé à Uhart-Mixe, Behasque et Larceveau. La production littéraire avec MaiatzAutant que l'apport de Ana Intxausti pour le chant, je voudrais que l'on n'oublie pas l'incroyable travail mené par Luzien Etxezaharreta. Il a créé les éditions et la revue Maiatz, et en plus de ses diverses implications, cherchait de quoi payer le papier, trouver l'imprimerie et par-dessus tout, incitait les écrivains à écrire. Sans Luzien, je n'aurais certainement pas écrit le quart de mon oeuvre. Dans ma terre de prédilectionBien sûr, Estérençuby a eu une importance indéniable dans mon oeuvre. Affectivement, il ne me semble pas possible de pouvoir renier sa terre natale. De ma maison natale, on voit les montagnes de Orbaizeta, enneigées l'hiver. Et puis c'est un lieu de contrebande, de passage, de transhumance, de chasse et de pêche, à la fois proche de la nature tout en étant éloigné. Nous étions totalement libres. Les maisons étant isolées, les relations avec les voisins revêtaient une poésie particulière. Je n'ai pas trouvé un tel romantisme dans d'autres villages. Très souvent, mes pensée me mènent vers ma terre natale, ses histoires de sorcières et de contrebandiers parcourent mon imagination. Aujourd'hui encore, pour parler des filles avec affection, je me remémore les temps passés, l'odeur de la fougère que le vent du sud emporte, les senteurs de fromage et de brebis, les barbes rouges de maïs dansant, l'automne, au gré du vent du sud. Sans tout cela, je ne peux entrer dans une ennivrante mélodie créative. Dans le cadre d'un partenariat entre l'Institut culturel basque et EITB.com, des morceaux choisis de cette interview sont à lire sur le site : www.eitb.com Reportage-photosPhoto: Maite Deliart
En savoir plusTémoins de la culture basqueRecueillir sous forme d'entretiens écrits des témoignages d'artistes et d'acteurs culturels basques tel est le propos de cette section. Des entretiens à écouter aussi entièrement pour certains au format MP3. |