Joana ItzainaAuteur: EKE | Date: 2009-08-24 | Langue de l'entretien: Euskara ''L'improvisation doit garder de sa spontanéité''
Extraits de l'interviewJoana Itzaina, née à Itxassou en 1981, est orthophoniste à Ispoure et vit à Cambo. Membre de l'association "Bertsularien lagunak" (les amis des bertsularis), elle est par ailleurs co-fondatrice de l'école de bertsularisme pour adultes de Saint-Jean-Pied-de-Port. Après une courte expérience en tant que juge, elle officie à présent dans la préparation des sujets (rôle de modérateur de joute) et l'animation des joutes (rôle de meneur de joute). Voici quelques extraits de l'entretien qu'elle nous a accordé au mois d’août 2009. Depuis cet enregistrement, Joana Itzaina a été nommée présidente de "Bertsularien lagunak". Dès le berceauJ.I. : Il me semble qu'en naissant, je suis entrée au même instant dans le monde du bertsularisme : l'ambiance de la maison en était imprégnée, et nous prenions part aux joutes les week-end. Mon père (Mixel Itzaina) était juge, meneur de jeu, bref un passionné. Je garde surtout les souvenirs des joutes : toute la famille s'y rendait, mon père y participant souvent en tant que juge. Même si j'étais petite pour tout comprendre, je me suis prise au jeu. La première jouteJ.I. : J'ai commencé, il y a 4-5 ans : chaque année à Itxassou, la Gau eskola (association dispensant des cours de basque aux adultes) et un groupe d'amateurs de bertsos organise une joute. Ils m'ont demandé de prendre part à la préparation des sujets et à la coordination de la manifestation. J'ai ensuite présenté une finale du Trophée Hernandorena (concours récompensant les meilleurs jeunes bertsularis du Pays basque). La formationJ.I. : Je suis devenue membre de l'association « Bertsularien Lagunak », il y a 4-5 ans. Elle m'a proposé une formation de juge. Après avoir suivi ce stage et une brève expérience en la matière, j'ai choisi la modération et la préparation des sujets. Nous avons suivi des cours avec Asier Ibaibarriaga de Bersozale Elkartea. Et puis, comme toute chose, on apprend en pratiquant. L'école de bertsularisme pour adultes de GaraziJ.I. : Il y a eu par le passé des écoles de bertsos, en particulier celle de Mauléon qui a donné bon nombre de bertsolaris, juges, meneurs et amateurs des vers improvisés chantés. Nous avons créé l'école de Garazi, il y a deux ans, pour apprendre à versifier. Nous étions un petit groupe. Notre but n'est pas de participer à des championnats, mais d'être capable de chanter des bertsos à l'occasion d'une fête ou entre amis. Cette expérience est très intéressante et permet de mieux appréhender les fonctions de juge, si vous êtes juge, ou celles de meneur de jeu. En se mettant soi-même à la place du bertsolari, on ne voit pas les choses pareil. Pour la première fois au Championnat Général du Pays BasqueJ.I. : Au début, j'étais assez hésitante, mais la proposition était belle, alors pourquoi pas essayer ? Nous venions de vivre l'expérience du premier Championnat au Pays Basque Nord (fin 2008) et nous avons continué dans la lancée. Le groupe des modérateurs est assez jeune ; par rapport à moi tous ont une grande expérience, mais j'apprends beaucoup et c'est vraiment bien. La particularité du choix des sujetsJ.I. : Nous préparons les sujets sans savoir qui les aura. En même temps, nous nous posons toujours la question : “Est-ce qu'un jeune peut improviser sur ce sujet ?”. S'ils prennent part au Championnat, nous pensons qu'ils sont prêts à chanter à partir de tous les thèmes. C'est, je dirais, une des différences avec une joute classique. Les bertsolaris ont leur mot à direJ.I. : Les organisateurs se sont réunis avec les improvisateurs, en particulier le jour du tirage au sort des phases finales ; depuis, une autre réunion a été organisée. Ils ont eux aussi leur mot à dire dans l'organisation du Championnat. Réflexions sur l'évolution des sujets depuis les années 2000J.I. : Je pense que le fait d'élargir le thème des sujets proposés a été source d'enrichissement. De plus aujourd'hui, les participants sont de plus en plus nombreux. La qualité des joutes a augmenté ainsi que les possibilités d'improvisation.
En revanche, au même moment, on exige trop d'eux : les bertsos improvisés aujourd’hui relèvent presque de celle de la littérature écrite ce qui implique que les bertsolaris mettent beaucoup de temps à improviser. On perd un peu de cette spontanéité propre aux joutes. Les frustrations et les fantasmes d'un modérateurJ.I. : Personnellement, j'ai plus de goût à participer aux joutes de place. Mais, en même temps, j'estime que l'on apprend plus en préparant un championnat, en voyant les bertsolaris et en appréciant leur prestation. Par ailleurs, la préparation des sujets engendre des frustrations : les idées foisonnent. J'aime ensuite en proposer certaines pour les joutes classiques. Participer au groupe des modérateurs est une véritable aventure : nous nous retrouvons souvent, des heures et des heures. Etant dans le cadre du Championnat, nous nous censurons nous-même. Et nous projetons toujours d'organiser, un jour, une joute pour proposer tous nos fantasmes. Un entretien réalisé dans le cadre d'un partenariat entre EITB.com et l'Institut culturel basque. Des morceaux choisis de l'interview sont à lire sur : www.eitb.com Reportage-photosPhoto: Maite Deliart
En savoir plusTémoins de la culture basqueRecueillir sous forme d'entretiens écrits des témoignages d'artistes et d'acteurs culturels basques tel est le propos de cette section. Des entretiens à écouter aussi entièrement pour certains au format MP3. |